Les circassiens sont vraiment top. Ils ne parlent ni hébreu ni arabe. Ou plutôt, disons qu’ils peuvent parler hébreu et arabe mais qu’habituellement ils parlent une toute autre langue : l’adiga (plus connu sous le nom de circassien). Cette petite minorité qui réside principalement en Galilée, au nord d’Israël.Dans le monde, on compte aujourd’hui environ cinq millions de circassiens. La majorité d’entre eux se trouve en Turquie (3 millions) et dans le Caucase (1 million). La Syrie, l’Allemagne et la Jordanie accueillent chacun 60 000 Circassiens et on en trouve quelques 50 000 aux Etats-Unis. Israël ne compte quant à elle que quelque… 4 000 individus appartenant à cette communauté. Et pourtant, ou peut-être plutôt à cause de cela, les Circassiens d’Israël sont très soudés et perpétuent leur existence et leurs traditions de génération en génération.
Les circassiens sont actuellement regroupés dans deux villages en Israël : Réhania et Kfar Kama. Autrefois, un troisième village Khirbat Circas était habité par ces habitants, mais la population fut décimée par la malaria au début du XXe siècle.
Comment les membres de cette communauté sont-ils arrivés en Terre Sainte ? L’histoire remonte à 1839, quand une guerre sans merci opposa les circassiens à l’empire russe. Persécutions et meurtres était le lot quotidien des villageois circassiens jusqu’en 1864, date à laquelle ils reçurent l’ordre de partir de Russie. Près de 2 millions de Circassiens fuirent l’empire russe. Un grand nombre de circassiens fut trahi par les russes qui les firent monter à bord d’un bateau, soi-disant à destination de la Turquie. Le bateau fut en réalité coulé au large des côtes, entrainant la mort de tout l’équipage. L’empire ottoman en aurait pris plus d’un million sous sa coupe, pensant gagner une main d’œuvre supplémentaire pour l’agriculture, les travaux de construction de routes et de chemins de fer. Les turcs en firent surtout des mercenaires redoutables, les circassiens ayant toujours été des as de l’épée.
C’est entre 1873 et 1878 que les circassiens atteignirent la Terre Sainte. Ils s’installèrent dans les trois villages évoqués plus haut, à savoir Nehania, Kfar Kama et Khirbat Circas.
Dès le début du XXeme siècle, les relations furent cordiales avec les immigrants juifs venant de Russie, notamment grâce à la proximité des langues. Aujourd’hui encore, la loyauté de la communauté à l’égard d’Israël et grande, et nombreux sont les jeunes hommes font le service militaire de trois ans.
Cependant, les circassiens se trouvent dans une situation quelque peu inconfortable politiquement. D’un côté, les circassiens doivent et ont la volonté de servir le pays dans lequel ils vivent, à savoir Israël. Depuis 1958, les hommes doivent effectuer le service militaire. Beaucoup occupent des postes dans les forces de sécurité : police aux frontières, armée, police israélienne, gardes de prisons. D’un autre côté, la religion musulmane les rapproche inévitablement de leurs voisins palestiniens, avec qui ils n’ont jamais été en conflit. Ainsi, de nos jours, un nombre croissant de jeunes circassiens refusent de faire le service militaire.
La passion pour les chevaux qu’ont les circassiens se retrouve jusqu’à dans leur danse. Les pas rapides rappellent immédiatement le piétinement des étalons et le rythme soutenu de la danse fait écho aux chevaux au galop. Tandis que les femmes se déplacent gracieusement en dessinant des cercles, les hommes sautent et jouent aux acrobates pour impressionner les demoiselles.
Aujourd’hui, à l’école, les circassiens parlent l’hébreu et apprennent l’arabe. Depuis peu, l’enseignement de l’écriture et de la lecture de la langue circassienne figure dans les programmes scolaires, à la grande joie des habitants. Sandra, une des filles de la famille chez qui j’étais, me disait qu’elle aimerait beaucoup savoir lire et écrire mais qu’elle n’en avait jamais eu l’occasion ». Depuis des générations, la langue se transmet uniquement oralement.
La religion dominante est l’islam sunnite. Au départ païens, les circassiens se convertirent ensuite à la chrétienté (orthodoxe) avant de venir progressivement musulmans suite à l’expansion de l’islam et l’influence des ottomans. Aujourd’hui, si on trouve encore des circassiens chrétiens orthodoxes dans le Caucase, tous les habitants d’Israël sont musulmans.
Si on parle de mariage, on ne peut oublier de s’attarder sur une tradition originale. Si les parents de la bien-aimé du jeune homme refuse de lui laisser leur fille, alors celui-ci planifie… un kidnapping ! Ensemble, les deux amants fixent une date et un lieu. Au moment convenu, l’homme tire un coup de fusil pour alerter le village que le kidnapping a commencé. Il la ramène alors dans sa famille, qui s’occupera de la future mariée jusqu’à ce que ses parents cèdent. Un chantage efficace. Le fait que les amants puissent se marier selon leur propre choix explique en partie le très faible taux de divorce au sein des Circassiens. Jusqu’à aujourd’hui, le mariage est considéré comme un engagement qui amène à faire des concessions.
Un grand égalitarisme est présent chez les circassiens. Autrefois, toutes les tables étaient rondes afin que chacun soit à la même position. Bien que la société soit patriarcale, la place des femmes était très grande et nombreux étaient leurs droits.
En Israël réside la diaspora circassienne la plus petite mais dont l’identité nationale et la langue sont les plus préservées, en même tant que l’intégration est très grande parmi les israéliens. Un bel exemple de compromis qui pourrait et devrait en inspirer plus d’un…